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Comment j’ai réalisé mes délires

par Guy Ciancia le 16 avril 2013

Chronique d’un objecteur

Harassé après mon retour mouvementé de Laponie, j’ai retrouvé la chaleur torride de ma rue et de ses alentours. La sortie officielle du Cd, le 27 mars à la maison folie Wazemmes (une release party, comme on dit chez nous) a suscité une pluie de critiques bienveillantes.

Déjà en février, La Gazette de Lille-Wazemmes qualifie mes activités de recervélisantes. L’animatrice de France Bleu Nord, réussit, le 2 mars, à me faire chanter « Ma p’tite chanson », jadis interprétée par Bourvil.

La Voix du Nord du 27 mars, étale mes divers titres de gloire : « L’Internationale des nains de jardin », « Nous autes à Wazemmes », mes exploits journalistiques, mon brillant palmarès sportif et mon extraordinaire ascension au sein de l’Éducation nationale parallèle à mon élévation dans la hiérarchie du Collège de ‘Pataphysique.

Le panégyrique se conclut par la critique de l’album « Dans ma rue » : dans cette rue-là, écrit Emmanuel Crapet, il n’y a ni cinglés du jogging, ni amoureux du lèche-vitrine. Il y a Monique (sic), gentille voisine qui ne sort jamais sans son chien et qu’on voit, de dos, sur la pochette de l’album. On y prend des nouvelles d’Arthur (Rimbaud) : « C’est dans un trou à Charleville qu’il a perdu ses illusions. ». On y affiche une laïcité convaincue dans Le Pape. On danse un drôle de rock au Bar de la marine… Tout ça nourri d’un grain de folie. Guy Ciancia est du genre à s’asseoir le cul dans une fontaine ronde pour voir combien il peut y faire rentrer de cubes

Release party

Le soir du 27 mars, des milliers de jeunes filles attirées par mon physique avantageux font la queue jusqu’à l’entrée du hammam en se bousculant et en répétant mon prénom : catharsis rituelle propre à chacun de mes spectacles.

Par bonheur, ma garde rapprochée parvient à soustraire ma liquette à l’une de ces furies. Qu’importe, le spectacle continue : certains musiciens n’ont réussi qu’à garder leur slip et parfois une chaussette. Didier, l’accordéoniste s’accroche fiévreusement à ses bretelles, et Dorian, le violoneux ne récupérera pas la chemise rayée amoureusement repassée par sa maman.

Gérard qui vient de péter deux cordes, me lance : Tiens bon la rampe !… J’enchaîne les tubes tandis que la foule, de plus en plus compacte, tente d’envahir la scène. Martin a déserté le clavier et, grâce aux rudiments de jiu-jitsu brésilien qu’il a appris auprès d’un adjudant de carrière de ses amis, repousse du pied et balance les admirateur-rices les plus pressant(e)s. Dans la salle, on commence à casser les fauteuils (et même les strapontins).

Faute de pompe à bière, Louis et Olivier, les deux boss du bazar, actionnent les extincteurs et la pompe à eau pour calmer les esprits. De mémoire de release, on a jamais vu ça.

Au milieu de ma chanson « Le pape », et malgré les efforts des techniciens du son, je dois m’interrompre face au vacarme. On arrête de jouer. Et pour faire diversion, je retourne ma casquette et chante, a capella, le « De profundis morpionibus »; pendant que Nils exécute la Tourniquette de Quimperlé, une figure basique du métissage trad/hip-hop. Telle que nous venions de l’apprendre dans un stage « expression corporelle et cri primal ».

Figure emblématique du répertoire urbain, suggérée par Jacques Francesini

Ce mouvement est généralement fatal aux fonds de culotte et il le fut. On a crevé la caisse à Théo, il a perdu ses baguettes mais essaie généreusement de garder le tempo, en tapant sur la cymbale encore valide à l’aide d’une chaussure.

Quand les Hommes de choeur, guest stars de la soirée, s’approchent des micros, les fils en ont été arrachés.

Bravement, les voilà qui gazouillent « l’Ode à Raymond ». Mais dans les dernières mesures de cet opus, l’équipe irlandaise féminine de rugby surgit et les montent en ascenseur (et en amazone). Portés à bout de bras, ils disparaissent dans un épais brouillard de fumigènes, vert et rouge. Seul Christian, célèbre trompettiste a la force de ramper jusqu’au bar.

releasehdechoeur

Ce dernier vient d’être pillé par les hooligans du Vieux Lille. Les deux impresarii, Miossec et Sainto, ont réussi à sauver quelques bouteilles. Les larmes aux yeux, ils les vident ensemble alors qu’une partie du plafond s’effondre.

On a perdu Christophe, le distingué washboarder et Erich le contrebassiste virtuose.

Bilans et prospectives

Les spectateurs venus de loin (Bordeaux, Guéret… Marquette) en voulaient pour leurs trois euros. Comme il y avait parmi mes fans de dangereux agitateurs, la police, rapidement sur les lieux, évacua la salle en menaçant les organisateurs de reconstitution de ligue dissoute. Quel tsunami !

Finalement, le nombre des sorties est exactement (à une ou deux exceptions près ! ) égal au nombre des entrées, ce qui laisse une bonne marge bénéficiaire. Avec leur demi-cachet (de Nautamine), plusieurs musiciens sont partis, dès la fin du spectacle, à un stage d’oxygénation à Merlimont (Pas-de Calais). Ils ont été reçus par les représentants locaux de la culture, du tourisme et du patrimoine.

Enivrés par l’air marin, ils ont entonné à plusieurs reprises et en choeur, « La java du Kangourou », une fable marsupiale. Ce stage s’est conclu par leur participation exemplaire au Chemin de croix du Vendredi saint. Nous étions toujours sans nouvelles de Christ-off et d’Erich Prélat.

Dans les jours qui suivirent, les grandes chaînes de radio et de télévision se disputèrent ma présence et celle des rescapés. Nous ne savions où donner de la tête, perdus que nous étions entre Radio Campus, France Culture ou bien encore dans les rues du Tourcoing profond, à la recherche des studios de Grand Lille TV.

L’Objection

Ils ne moururent pas tous, mais tous étaient frappés.

Je peux donc tout de même espérer retrouver quelques-musiciens en état de marche, le mardi 30 avril à 20 h 30 à L’Objection, 12, place Déliot à Lille.

Pour un concert, sans modération, avec encore de nouvelles chansons.

Tout objecteur, de Wazemmes à Moulins, n’en finit jamais de réaliser ses dérives.

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