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Hommage au Petit Gérard

par Guy Ciancia le 6 juin 2013

Mon père, l’une des chansons du CD Dans ma rue, évoque le pittoresque Geert van Bruaene qui fut notamment l’ami des surréalistes de Bruxelles (Magritte, Mesens, Nougé, Marien et bien d’autres). Né à Courtrai en 1891, il se fit connaître d’abord comme comédien au théâtre royal flamand de Bruxelles. Puis, jusqu’à sa mort en 1964, de faillite en faillite, il fut un infatigable galériste, tenancier de bistrots et aussi brocanteur.

Ses différents établissements portaient des noms pittoresques. La Galerie du Parlement où il exposa Rops et Ensor. Le cabinet Maldoror où il vendait à des prix dérisoires George Grosz, Kandinski, Klee, Magritte et des peintres « populaires » trouvés aux puces. Le cabinet des Estampes où l’on pouvait, vers 1924, acheter sous l’étiquette « ceci n’est pas de l’art » le Douanier Rousseau, Picasso, Braque, Derain et j’en oublie…

Suivirent La Vierge poupine, La Galerie de la Pépinière, Le Jabot de pluie, Le Vase de Soissons. Dans les années 1930, il opte pour la formule bistrot-galerie-brocante. Il ouvre L’Imaige de Nostre Dame puis De Hoef, La Belle Etoile. Après la seconde guerre, il tiendra La Fleur en Papier doré puis Le Diable par la queue et enfin L’Agneau Moustique.

Dans son Cabinet-Maldoror, il fut aussi le créateur avec Paul Nougé, en 1925, de ce qu’on peut appeler le premier ciné-club de Bruxelles où l’on a pu voir les films d’Abel Gance et de Marcel Lherbier.

Edouard Mesens décrivait van Bruaene, alors âgé de 30 ans, comme « courtaud, rondelet, la tête rubiconde entourée de boucles infinies ».

Zérar le brocanteur présidait aussi de temps en temps à des concerts de musique « cucu » qu’il diffusait sur son gramophone pour la joie du quartier.

Affichette sur laquelle on lit :  "Certes, nous ne sommes jamais rien du tout"

Sur les devantures ou à l’intérieur de ses différents commerces, il avait l’habitude de placarder des aphorismes : sois paisible, ô gent laborieuse. La terre brûlée n’altère pas la qualité du soleil. Tout homme a droit à 24 h de liberté par jour. Il vaut mieux admirer de belles cuisses de femme que d’être aveugle. Nous sommes victimes de l’instruction obligatoire. Certes, nous ne sommes pas assez rien du tout. Et aussi ole com bove c’est-à-dire « l’huile remonte à la surface ».

Bibliographie : Geert Van Bruaene le petit homme du Rien de Rik Sauwen, Temps Mêlés n° 105-106, 1970 ; Promenades dans les estaminets du cabaretier Van Bruaene de Georges Thiry (Préface d’André Blavier), Yellow Now, 1985.

La vidéo a été réalisée par Jacques Francesini au cours de la sortie de mon CD le 27 mars 2013.

Dans → Chansons, Portraits

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