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Chansons post-Oulipo

par Guy Ciancia le 25 septembre 2015

Pochette du vinyle chant du Monde

La Java du kangourou

Il y a plusieurs façons d’écrire une chanson. Vous pourrez les découvrir lors de stages onéreux expressément conçus pour les gens qui souhaitent apprendre à composer des chansons.

Je me bornerai ici, à vous refiler un exemple qui ne peut pas s’ériger en méthode mais qui peut distraire quiconque attend l’inspiration depuis un certain temps.

D’abord, il faut y aller carrément. J’y vais.

Je choisis un titre pour ma chanson : ce sera, au hasard, « La java du kangourou ».

Inutile de vous dire que la méthode que je vais vous exposer n’est pas celle que je pratique , ce serait trop simple. Je ne vais pas scier la branche sur laquelle je suis assis et me montrer sous un mauvais angle. Comme on peut l’être quand on attend l’inspiration.

Une fois choisi le titre, une grande partie du travail est accomplie.

Prenez un écrivain connu. Un type qui a réussi. Par exemple, au hasard, Raymond Queneau.

Attention, il ne s’agit pas de recopier bêtement des phrases de ses romans ou des métaphores de ses poésies Il s’est déjà employé à ce type de tâche.

Raymond Queneau, l’auteur de « Zazie dans le métro » s’est ingénié à raconter une même histoire de 99 façons différentes. Je dis cela pour ceux qui sauraient pas lire ou qu’ auraient pas l’habitude.

Le livre dans lequel il a rassemblé ces diverses versions s’intitule « Les exercices de style ». La petite anecdote de base de cet ouvrage va conduire aux sinuosités de ma chanson. C’est un choix.

L’histoire, c’est celle d’un type qui monte dans un autobus parisien, se fait marcher sur les pieds par un individu au long cou dont le veston est boutonné jusqu’en haut, et le chapeau orné d’une tresse. Cet individu descend du bus. Mais on le revoit un peu plus tard à la gare Saint-Lazare.

N’oubliez pas que dans ma java, il est fait état d’un spécimen de l’infra-classe des marsupiaux communément nommé kangourou. Mon travail d’écriture est ainsi grandement facilité puisqu’il s’agit tout bonnement de mêler mon kangourou aux personnages de l’historiette quenienne.

Jusque-là est-ce que tout le monde suit ? Voici, à toutes fins utiles, quelques informations qui permettront de saisir toute la profondeur et la subtilité de ma composition.

Premier couplet : aucune allusion à Raymond Queneau.

Deuxième couplet : il est question de la gare Saint-Lazare.

Troisième couplet : j’évoque les boutons de la veste du personnage de Queneau, le ruban de son chapeau et Trouscaillon, un flic en vélo qui se promène dans « Zazie dans le métro ».

Dans le dernier couplet apparaît l’autobus et l’ami Bidard dont je vous parlerai dans ma deuxième leçon.

Grâce à ce modèle de vade-mecum, vous pourrez capter l’essentiel de « La java du kangourou » et vous essayez même, plus tard, à composer « Le tango de l’araignée », « La valse du crabe » et pourquoi pas « La polka de la girafe ».

La Java du kangourou

(fable marsupiale, parisienne et didactique)

Paroles Guy Ciancia

Musique Nils Etienne

Premier couplet

I f’sait
A midi au mois d’août
Les poch’s d’un kangourou
Sur l’ boul’vard Montparnasse
Quand tout à coup l’ mammifère
D’ sa profond’ revolver
Sort un’ saillie salace

Cass’ toi donc en Australie
Tu f’ras descent’ de lit
Dans un très chic palace
Va t’en bouffer chez les Grecs
La moussaka, pauv’ mec
Tir’ toi, gros dégueulasse

Couplet II

En arrivant rue Montorgueil
Il éventre un fauteuil
D’un grand coup d’ vague à l’âme
Puis l’affreux va crever l’oeil
D’une veuve en plein deuil
Pour aiguiser sa lame

Le soir, le v’là qui descend
Boul’vard d’ Menilmontant
I portait pus d’ casquette
Mais j’ le r’trouve un peu plus tard
Près d’ la gar’ Saint-Lazare
Qui matait les fillettes

Couplet III

Quand ça
Lui démang’ les boutons
Jusqu’en haut du veston
Il songe à sa vêture
Il décor’ son chapeau mou
D’un ruban à dix sous
Pour avoir l’air nature

Car un voyou d’ cette espèce
Ça peut r’tourner sa ves(te)
Comme un’ vraie gueul’ de vache
Trouscaillon, ce flic urbain
Dans l’ métropolitain
Les roule comme un apache

Couplet IV

Dimanche
À Saint-Ouen près des Puc(e)s
J’ prends l’ dernier autobus
Debout sur l’impériale
J’avise à l’étal’ d’un libraire
L’édition d’ poch’ pas chère
D’un’ BD marsupiale

Cett’ fois c’est l’ami Bidard
Qui traversait l’ boul’vard
Faut qu’on s’ fait pas d’ manières
On siffl’ un p‘tit coup d’ rouquin
Par devant, par derrière
Chez l’auvergnat du coin

Coda

Quand d’ma
Favouill’ j’estrais l’bouquin
Socratique(s), on convient
Qu’ l’intrigue est bien légère
Et succomb’ le kangourou
Victim’ du contrecoup
D’une ontalgie sévère

L’ontalgie c’est comme l’asthme mais en plus distingué Raymond Queneau,« Loin de Rueil ».

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