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Wazemmes sur des notes de Jean Corti

par Guy Ciancia le 9 décembre 2015

Jean Corti fut l’accordéoniste de Brel, Barbara, des Têtes raides… Mais aussi le contrebassiste de Brassens à ses débuts. Il est mort le 25 novembre dernier. Sa musique a résonné, à Lille, trois jours plus tard, dans les murs de La Barraca Zem. Plus familiers des percussions du forro que des rythmes musette : métissage de plaisirs ordinaires qui ne dissipent pas la nostalgie de rues privées de sens.

Il fut un temps, en effet, où ma rue vivait à l’écart des secousses sismiques. Depuis que Wazemmes est devenu l’épicentre lillois de la révolution/renaissance culturelle, il y devient difficile d’échapper aux différentes modes et lubies de ce début de siècle. Le cosmopolitisme virtuel s’affiche au prix de la monnaie courante. C’est donc sans état d’âme que je me suis installé rue d’Anvers, le 28 novembre 2015, à La Barraca Zem. Pour un concert initialement programmé le 14 mars.

"Laisse aller, c'est une valse"

J’avais prévu la projection d’une courte vidéo qui datait de 1989 et qui donnait à voir quelques rues de Wazemmes. Un Wazemmes insalubre, aux maisons murées, bicoques à ciel ouvert et barbouillées de graffitis non estampillés « street art ».

C’était le bon temps où les chômeurs avaient été enfin transportés à Lille-sud et où les ruines attendaient quelque investissement immobilier. Un peu plus tard, on alimentera le tohu-bohu : touriste huppé ou bohème humaniste. Il n’y avait alors à Wazemmes, ni Renaissance, ni Fête de la soupe, ni Festival de l’accordéon… Un vrai bonheur de désert culturel !

Ma petite vidéo témoignait d’une dérive pédestre accomplie entre la rue Manuel et la rue Gambetta. Pour accompagner cette balade, j’avais dérobé quelques notes de « Stéphanie ». Une valse de Jean Corti enregistrée sur un CD qui lui rend hommage (Mon Slip, 2009).

Le film montre les rues Manuel, de Bône et de Flandre. Malheureusement, ma déambulation s’arrête avant la rue d’Anvers et la maison de bois bleue qui devait devenir La Barraca Zem. Mais, on y découvre une rue de Bône qui permettait, même en voiture, d’aller de la rue de Flandre à la rue Manuel (ou l’inverse) ce que la redistribution de l’espace social interdit désormais. Un petit coin de paradis ante 4G, frappé bientôt d’alignement par le fanatisme urbanistique (métro et logements HLM).

Telle cette rue du Jambon à Fives que j’ai plusieurs fois célébrée, par exemple ici

Nos vies seraient-elles en impasse ?
Pour reconstruire, faut-il qu’on casse
Les souvenirs et leurs illusions ?

… Il n’en reste que des chansons

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